Toujours elle

Peu m’importait le ciel en cette fin d’après-midi rongée par un acte aussi concis que complexe. Quelques secondes à peine, et des heures pour le comprendre, et des jours pour l’accepter, et des semaines pour s’en remettre. Elle avait mis fin à notre discussion par un regard appuyé, un de ces regards noirs foncés qui nous immobilisent, et par une phrase appuyée là où ça fait mal. Elle savait où frapper dans mon cœur pour me blesser avec autant de rage bien placée.

Elle s’était rendu compte que je m’éloignais d’elle. Mais j’étais tourmenté par une phrase aussi concise que complexe à assumer : « Elle m’a dit oui ». Ces mots prononcés par son plus fervent prétendant m’avaient paralysé. Et elle ne semblait pas se soucier que j’allais mal. Nos étreintes, nos regards, tout ça avait été vain. Il avait été plus courageux. Et elle avait dit « oui »… alors je l’ai soudain vue différemment. Et elle avait pété un plomb. Il fallait s’y attendre, je n’avais rien fait et je n’aurais rien fait, alors elle ne pouvait pas savoir la raison de mon indifférence sèche et brute.

Alors elle est partie en faisant éclabousser la boue sous ses semelles ; d’un geste rapide et solide. « Alors je ne compte plus pour toi, à présent. Je peux m’en aller », m’a-t-elle dit. « Tu comptes pour moi ! Laisse-moi t’expliquer ! », lui ai-je répondu, désespéré. Mais autant essayer d’éteindre un incendie avec un bidon d’essence. Mes chances de renouer avec elle étaient passées de nulles à négatives. « Tu comptes ! Reviens ! ». Mais elle marchait de plus en plus vite. Une pluie de confettis m’a alors atteint. Les restes de cette journée de carnaval scellée à jamais dans mon esprit comme la veille d’une déception énorme. Et je n’avais rien pu faire.

Alors je marchai vers ma voiture, démarrai et passai devant l’énorme gratte-ciel où elle habitait. Et je m’immobilisai, incapable de réfléchir, incapable d’avoir des réflexes normaux. J’étais submergé par un chagrin aussi concis que complexe. Et j’entendis le fer de ma voiture se plier, crisser, puis plus rien. J’allais mourir devant l’immeuble de celle qui m’avait tant ému, tant fait pleurer. Mais je ne suis pas mort. Dommage. Elle l’aurait su, et sa relation aurait été entachée par le remords, le regret que ses derniers mots à mon égard aient été des mots de colère. Mais quelqu’un qui réparait son snow-board dans la cour de l’immeuble fut le seul à me voir, et me sauva. Snow-board cassé par elle. Toujours elle.

Encore un rêve ordinaire.

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Date de dernière mise à jour : 06/02/2013

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