Tête pour œil, mâchoire pour dent

La rue me semblait être une route vide entourée de maisons vides, habitées de gens vides. Rien n’avait de réelle consistance. Le temps était fiévreux et humide et picotait ma peau. Une atmosphère bien simple pour un jour aussi banal. Planté devant une porte aussi simple que peut l’être une porte de bois parsemée d’échardes, j’attendais que quelqu’un daigne m’inviter à entrer. Puis la porte s’ouvrit avec lenteur. Un homme d’un âge incertain, vêtu d’une chemise à carreaux et de lunettes de bibliothécaire argentées, était là à sembler m’avoir attendu lui aussi. Il me regarda entrer d’un air familier. Je le connaissais bien, il me connaissait bien. Je l’aimais bien. En tout cas, c’était le seul membre de sa famille à n’avoir pas d’avis défavorable à mon égard. Ça tombait bien. Je le saluai et allai directement à mon but, prenant cependant le soin de mesurer mes mots. Le vieil homme me sourit et s’adressa à sa famille, qui apparemment se reposait à l’étage et ne voulait pas être dérangée ; ça s’entendait au son de leur voix. Mais le vieil homme était respecté : ses ordres furent exécutés. Et puis j’avais uniquement demandé qu’ils descendent deux de mes possessions. Des explosifs, et un lance-roquettes. J’allais m’amuser. Et ils me détestaient. Comment ne l’ont-ils pas deviné ? Et puis le temps se prêtait à la vengeance. Une atmosphère bien simple pour un jour aussi banal.

« Désolé, vieil homme. »

Et je tirai sur leur camionnette avec le lance-roquettes. Et je lançai les explosifs. Rien ne se passa. Puis le tout trembla d’une force assez extraordinaire pour se faire retourner tous les passants. Tous étaient des amis de celui sur lequel ma vengeance tombait enfin. Et les explosifs allaient détruire toute la rue. Ça ferait d’une pierre dix coups. Des gens banals, sans vif intérêt pour ce que j’avais subi. Ian m’avait harcelé mentalement pendant dix ans. Il allait payer mentalement et physiquement. Tête pour œil, mâchoire pour dent.

« Venez, vieil homme. »

Et le vieil homme vint. La souffrance mentale de Ian allait aussi opérer dans le fait que son grand-père allait survivre, et pas lui, ni le reste de sa famille. Ma voiture s’élança dans la rue froide. Froide, plus pour longtemps. Le souffle jaunâtre et orange de l’explosion s’élança lui aussi dans la rue froide. Tout partit en éclats. Tous ces êtres nuls, tous ces crânes vides, toutes leurs maisons mornes et inintéressantes, tout devint enfin intéressant, tout explosait enfin.

Encore un rêve ordinaire.

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Date de dernière mise à jour : 09/02/2013

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