Failles et liberté d'évolution de la pensée

Nombre de grands raisonnements sont certes magnifiques, certes joliments inventifs, mais présentent au moins une faille. Mais tout raisonnement ne présente une faille que si quelqu'un est là pour la remarquer, ainsi j'adore trouver les failles dans les raisonnements des gens.

 

"Réflexion dangereuse : moultes failles trouvées ; pensées bien embêtantes, serait-ce un athée ?"

Telle fut sans doute un jour, lorsque questions posai, la pensée paniquée de ceux qui m'écoutaient,

L'air choqué, offusqué, de pareilles idées, que formulai, un jour, lorsque questions posai,

Avide de savoir quels concepts ébrouer, quelles bizarreries la religion cachait.

(Gabriel Zachsarowsky, tous droits réservés)


L'un des raisonnements humains qui présente le plus de failles est, à mes yeux, le raisonnement religieux. Quand un représentant du cathéchisme au niveau du lycée vient dans notre classe pour nous demander si nous n'aurions pas quelques questions sur la foi, j'en profite. Parce que, pour démonter un raisonnement, rien de mieux que les questions. Et aucun risque de "choquer" - et si quelqu'un est choqué, prière à lui d'évoluer - : ça montre que je m'intéresse à la religion chrétienne.

Une faille assez amusante que j'ai découverte est la question de la multitemporalité de Dieu. Citant le célèbre Samuel Beckett, je posai la question de ce que faisait notre Père avant la création, et l'on m'a répondu qu'il n'y avait pas "d'avant" la création, et qu'ainsi celui-ci était partout et à tout moment présent, et donc qu'il était dans le passé, dans le présent et dans le futur, tout contrôlant en même temps. Et donc il travaillerait à faire dans le passé les actions qui m'ont amené à ma situation actuelle, tout en travaillant dans le futur le résultat du passé et du présent ? Sympa comme idée mais très paradoxale pour une Eglise qui se veut logique.


Alors évidemment l'on me targue d'aller trop loin dans mes raisonnements. Peut-être parce que, dans la tête de ces adolescents pour beaucoup encore influencés par 2000 ans d'éducation chrétienne (2000 ans !), il n'y a rien à redire aux raisonnements instaurés, il n'y a pas lieu de réfléchir, pas lieu de remettre en question ce genre d'idées, car "on s'en fout des idées nouvelles" ou que c'est "dangereux" ou du moins "très risqué" de s'éloigner de la pensée commune.

Alors qu'est-ce qui est le mieux ? Se fondre dans la masse pour ne pas trop se faire bousculer, ou chercher les failles là où ça risque de faire mal et donc montrer qu'on a un cerveau et qu'on s'en sert même si c'est "risqué" ? C'est une question basique mais très intéressante.

Une autre question très intéressante est celle-ci : au bout d'un moment, cherche-t-on naturellement à ne plus tant s'éloigner du "groupe", arrête-t-on de remettre en question la pensée commune ? Tout simplement, au bout d'un moment, abandonne-t-on ? Sait-on que la masse est plus forte ? Devient-on certain de sa supériorité ? Est-ce inutile de lutter face à 2000 ans d'éducation chrétienne ?

Pars-je réellement "trop loin" ? Evidemment je pense que non, donnant évidemment l'argument de la liberté d'expression. Mais si la liberté d'expression est bel et bien présente, qu'en est-il de la liberté d'évolution de la pensée ? Une liberté - pour nous, adolescents minoritaires - bien trop restreinte par ses conditions de diffusion : un groupe d'élèves qui te dit qu'il s'en fout est un groupe d'élèves qui réussira à te faire taire, ne serait-ce qu'à moitié. Face à ce genre de réactions (puériles, cela va sans dire), on se sent - globalement - naturellement dépité et on s'abaisse. Pourquoi ? Aucune idée. C'est un des grands mystères de la société. Mais attention : on s'abaisse naturellement, mais ça ne veut pas dire qu'on n'en pense pas moins ! Et ça ne veut pas dire qu'on va abandonner. Non mais ho.

.

Date de dernière mise à jour : 20/02/2013

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site